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ça turbine !

Penser ici les modalités de la société de demain car "il existe un autre monde, et il est dans celui-ci" (Paul Eluard).
Mettre en lumière les ébauches et initiatives d'un monde nouveau.
Donner les clefs pour s'engager pleinement dans la transition.
Créer ensemble les conditions d'un mode de vie authentique et heureux.
S'engager pour une société plus juste et plus durable.

Convivialisme : Quand une centaine d’intellectuels se réunissent pour réfléchir ensemble au monde de demain, l’union fait la force

February 26, 2019

 

​​Cet article est extrait du livre De disruption à prosommateur : 40 mots-clés pour le monde de demain (éditions du Pommier, 2018)

 

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Ces mots de Gramsci, écrits dans les geôles du régime fasciste des années 1930, résonnent en nous comme une voix familière, un avertissement susurré au creux de l’oreille, tant ils semblent avoir été écrits ce matin pour résumer la substance de notre époque entre chien et loup, et qui a bien du mal à accoucher d’elle-même. […] À l’image des personnages de Beckett qui n’en finissent plus d’attendre Godot, nous patientons dans l’éternel présent de cette antichambre du monde à venir. Et qui ne vient pas.


Nous ne ménageons pourtant pas nos efforts pour le faire advenir, ce monde nouveau. Ce ne sont pas les penseurs ou les activistes de mouvements citoyens qui manquent aujourd’hui pour promouvoir l’économie sociale et solidaire, les coopératives de production ou de consommation, les monnaies locales, le mutualisme, le commerce équitable, la défense des biens communs, ou encore la décroissance… Seulement, ces initiatives, animées par des milliers de personnes de bonne volonté, semblent encore bien trop émiettées pour contrecarrer avec efficacité les « monstres » contemporains — les écarts de richesse de plus en plus importants, la montée du chômage, l’épuisement des ressources naturelles, le réchauffement climatique, la précarité professionnelle et économique… Il leur manque un symbole, un étendard, un socle idéologique, un récit qui les réunisse.


Nommer ce qu’elles ont en commun serait déjà un bon début pour sortir de l’impuissance. En partant de ce constat, et bien persuadés, comme le philosophe Alain, que « le pessimisme est d'humeur, [et que] l'optimisme est de volonté », une centaine d’intellectuels à l’origine du Manifeste convivialiste s’est saisie de cette question à bras le corps et s’est fixé la tâche ambitieuse de définir le « fond doctrinal minimal commun » à toutes ces organisations. Et voici le résultat de leur enquête, initiée par le sociologue Alain Caillé : « ce qu’elles ont en commun, c’est la recherche d’un convivialisme […], d’un art de vivre ensemble (con-vivere) qui valorise la relation et la coopération, et qui permette de s’opposer sans se massacrer, en prenant soin des autres et de la Nature ».


Le pari est le suivant : bien nommer les choses, c’est ouvrir une fenêtre pour faire advenir une réalité nouvelle. Dernier né des secousses « ismiques » du XXe siècle, venant à la suite du libéralisme, de l’anarchisme, du socialisme, du communisme, le convivialisme se présente comme un mot-creuset visant à créer un lien entre toute une constellation de mouvements. Et la stratégie semble fonctionner. Un parmi d’autres, le « Pouvoir citoyen en marche », collectif rassemblant de très nombreuses organisations qui partagent une même vision de la société et de la « transition citoyenne » (les Colibris, Attac, Le Collectif Roosevelt…) se présente désormais officiellement comme « un mouvement convivialiste pour le bien vivre ».


Se faire ainsi le « plus grand dénominateur commun » entre les acteurs associatifs et politiques n’est pas sans contrepartie. Le convivialisme se fait, avant tout, fort de ce qu’il n’est pas : un parti, une secte philosophique, ou une organisation particulière qui viendrait s’ajouter aux autres en cherchant à les annuler ou à les dépasser. C’est d’ailleurs le propre d’un creuset — une forme qui se donne, qui n’est rien en elle-même, toujours prête à accueillir de nouvelles nourritures.[…]


Pour réussir cet exercice d’équilibriste, une chose est sûre : la démocratie ne pourra plus s’appuyer sur le marché ou sur l’État. Elle devra s’appuyer sur ce que le philosophe Patrick Viveret appelle la « société civique » et sur un corpus de valeurs renouvelées d’association et de coopération. […] L’alchimie convivialiste sera-t-elle la clef d’entrée de ce « nouveau monde » que beaucoup portent déjà en eux ? C’est ce qu’ils espèrent, en tout cas. Subsiste le mystère qui entoure le mariage clandestin entre une pensée qui sourd de terre et l’époque qui deviendra son lit. Créer un nouveau « sens commun », ça ne se décrète pas ! Mais le retour des intellectuels dans l’arène politique […] pourrait bien y contribuer. L’épopée du convivialisme ne fait que commencer.  

 

Quelques ressources pour découvrir le convivialisme :
- Lire, aux éditions Le Bord de l'eau : Le Manifeste convivialiste. Déclaration d’interdépendance, signé par 64 intellectuels, (2013),
Le convivialisme en dix questions, (2015) et Éléments d’une politique convivialiste, par Alain Caillé (2016)
- Voir le site du Mouvement convivialiste : www.lesconvivialistes.org
- Suivre les Convivialistes sur Facebook
- Découvrir la chaîne convivialiste sur Youtube

-  Vidéo de présentation du Mouvement convivialiste​

 

 

 

 

 

 



 

 

Tracer les contours des évolutions contemporaines à travers les mots nouveaux élaborés par des penseurs du XXIe siècle, c'est ce que propose Sébastien Claeys dans son essai De disruption à prosommateur : 40 mots-clés pour le monde de demain paru aux éditions du Pommier en 2018 . Ses 40 mots nouveaux, parfois déjà entrés dans le débat public (slow, disruption…), parfois encore confidentiels (simplexité, écosophie…), ouvrent une nouvelle fenêtre sur le monde. Cet article est un extrait du livre, consacré à la pensée convivialiste.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© crédit photo foule :  Jeanne Menjoulet (Creative Commons)

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